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Vendredi 29 mai 2009

ACTE 1, SCENE 4

NDIRINKIN, TEKAA, NNEFA’A, MENA.

 

Ndirinkin.

- sa Majesté ?

Tekaa.-

j’espère que vous allez m’annoncer une bonne nouvelle.

Ndirinkin.

- j’ai pris acte de votre complot contre le chairman.

Tekaa.-

vous êtes avocat ? Huissier de justice ?

Ndirinkin

.- rien de tout cela. Mais…

Tekaa

, lui coupant la parole.- qui vous a établi juge de mes actes, Monsieur ?

Ndirinkin.

- personne. Non. Peut-être ma conscience de fils du roi…

Tekaa

.- et alors ? Qu’est-ce que j’ai à foutre avec votre conscience ?

Ndirinkin.

- vous me surprenez ! Et je vais vous dire une chose : c’est mieux pour nous de laisser cet homme vivre sa vie. Laissons- le passer son temps…

Tekaa

, lui coupant la parole.- ce ne sera pas dans ce royaume !

Ndirinkin

.- il ne peut rien contre nous, puisque nous avons le soutien de l’Hexagone.

Tekaa

.- l’Hexagone a trop de problèmes face à la percée fracassante du Pentagone dans cette partie jadis délaissée du monde ;et la crise financière mondiale devient très préoccupante pour qu’on s’occupe encore de l’Afrique politique : ce qui est bon en Afrique maintenant pour l’Occident, ce sont des biens en nature susceptibles de relever l’économie des pays du Nord. Quant à l’Allemagne, elle n’a pas fini de penser ses plaies de la deuxième grande guerre et veut sortir de ses frontières, mais son regard se dirige plutôt vers le Pré carré. Je vous le dis, en vérité, tout cela m’empêche de bien dormir.

Ndirinki

n.- hé là… Ne dites pas n’importe quoi ! Le Précarré est la chasse-gardée de la France ; et elle fera tout pour maintenir un fidèle comme vous au pouvoir dans son pays. D’ailleurs la France est contre la politique du chairman dont l’arrivée au pouvoir sonnerait le glas de sa mainmise sur ce Précarré. Quant à l’Allemagne, elle n’a pas encore mis au monde un nouvel Hitler pour récupérer ses anciennes colonies. Mettez-vous bien ça dans la tête !

Tekaa

.- les colonies font partie du triste fardeau dit « de l’homme blanc ». Il vaut mieux ne pas en parler dans un monde qui se veut civilisé et uni. Je souhaite que la France soit toujours triomphante, même si ce peuple est contre sa politique et sa présence ici.

Ndirinkin

.- vous êtes plus français que les Français ! Mais vous n’arrêtez pas d’être pessimiste quant à votre sort. Il est vrai que le peuple rejette votre politique pour embrasser sans réserve celle du chairman. Mais à quoi cela vous sert-il ? Vous n’êtes pas un démocrate ! Que vient faire le peuple dans vos vues politiques ?

Tekaa.

- je suis un peu troublé.

Ndirinkin

.- est-ce que vous pensez qu’il existe un puissant Etat de monde capable d’aider le chairman à arracher le pouvoir de vos mains ?

Tekaa.

- tous les Etats du Nord. Mais ce serait une ingérence dans les affaires d’un Etat souverain.

Ndirinkin

.- la France le fait depuis belle lurette pour vous maintenir au pouvoir. Dites…

Tekaa

, lui coupant la parole.- mettons un terme à cette causerie.

Nnefaa

.- en concluant que le pouvoir dans ce pays sera désormais entre les mains de celui que le peuple aura choisi ?

Mena

.- vilaine !

Nnefaa.

Qu’est-ce que j’ai dit de mal ?

Tekaa

.- tu aurais pu remplacer ton père à mes côtés si la nature avait décidé que tu fus un homme. Hélas ! Tu es une fille. Et tu es inutile pour moi !

Ndirinkin

, énervé.- si vous vous êtes engagés à m’empêcher d’évoluer, sachez que je ne laisserai en aucune façon quiconque faire la même chose sur ma fille. Vous m’entendez ? Madame ? Elle est tout pour moi. Elle est tout ce qui me restera après tout.

Mena

.- notre fille est ma déception. Elle sera notre honte. Elle est tout ce qui me manque.

Ndirinkin

, détournant son regard.- Il ne vous reste qu’à aller vous plaindre chez le Bon Dieu.

Mena

.- eh bien, mon cher monsieur, si notre fille est tout pour vous, envoyez-la en Europe ! Elle pourra y trouver de quoi s’embrouiller tout le reste de sa vie sur terre.

(Nnefaa court vers son père et se jette dans ses bras.)

Nnefaa.

- Papa, nous sommes seuls au monde. Je t’aime !

Tekaa.

- vous vous fichez de la parole, de la pensée de votre femme en tout point de votre vie conjugale pour, après, aller chanter la démocratie à tout casser, n’est-ce pas ?

Ndirinkin

. - voilà tout votre problème : la démocratie. (Comme à lui seul.) Si les Nations Unies pouvaient apporter la paix, la prospérité quelque part sur cette terre, n’est-ce pas que nous serions contents, heureux, entrain de chanter et danser sur le cadavre de mon criminel de père ? Hélas ! (Il hausse le ton). Je vous le jure, par ma défunte mère, que ce pays passera de la dictature à la démocratie ou il restera ingouvernable à vie !

Tekaa

, moqueur.- tu n’es qu’un enfant, Ndirinkin. Et tu ne sais pas sur quelle corde tu danses ! (Le toisant). Je gouverne ce pays ! Oui ! Je le gouverne. Et je vais le gouverner ! Même par tous les moyens ! Quel que soit le désordre que vous allez apporter, l’ordre règnera sur toute l’étendue de ce territoire par tous les moyens : soyez-en sûr ! Et je vous garantis, moi votre père, autorité la plus haute de ce pays, qu’avec l’aide de l’Hexagone, nous allons combattre avec succès cette épidémie de démocratie dans le Précarré ! Nous la combattrons avec force ! Par tous les moyens.

Ndirinkin.

- heureux ceux qui sont arrivés au pouvoir en Afrique : ils ne le quitteront jamais, et ils seront toujours protégés par la France.

Tekaa.

- vous avez au moins le TPI pour vous défendre ! non ?

Un long silence. Le noir se fait sur la scène.

 

 

Par kok37
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Jeudi 28 mai 2009

 

ACTE1, SCENE3

 

TEKAA, ABIGOR, AKLEXH, URIEL, AGALIAREPT.

 

Tekaa tremble de peur. Il reste sans mot dire, cloué sur place.

 

Uriel.

 

Tekaa

 

Abigor

 

Aklexh.

 

Agaliarept

 

Tekaa

 

Uriel.

 

Tekaa

 

Abigor

 

Agaliarept

 

Tekaa

 

Aklexh.

 

Abigor

 

Tekaa

 

Uriel.

 

Tekaa

 

Uriel.

 

Tekaa.

 

Agaliarept

 

Uriel.

 

Aklexh

 

Abigor

 

Tekaa

 

Abigor.

 

Uriel

 

Abigor

 

.- ainsi soit-il.

(Ils tourbillonnent et disparaissent l’un après l’autre. Un temps, Tekaa reste seul, pensif. Survient Ndirinkin, suivi de Mena et de Nnefaa.

 

 

.- et rentrez dans votre palais vous asseoir sur le trône. Comme un roi. Et ordonnez. Ordonnez à vos forces loyalistes de frapper fort sur tout ce qui semble bouger contre vous ; sans aucune distinction. Faîtes arrêter le maximum possible de vos opposants, et ne tardez pas à leur ôter la vie s’ils se montrent réfractaires à ce que vous leur imposez de faire. Ne vous amusez jamais avec votre propagande : endoctrinez les masses et violez bien leurs consciences. Autoritaire, sans pitié, sans hésitation, toujours souriant, toujours au chevet des malades, n’oubliez jamais de faire l’aumône, et vous serez le chef d’un état fort, un roi aimé de tous et suscitant des jaloux. Tout le monde doit vous acclamer et marcher sous vos ordres, car c’est vous le premier personnage de ce royaume. C’est tout. - mettez un terme au désordre qui règne à la tête de l’état. .- en quoi faisant. .- les généraux ne savaient pas qu’ils agissaient contre votre gré. Et c’est vous qui êtes responsable de ce qui se passe actuellement dans ce royaume. Il y a trois pouvoirs maintenant : la royauté, la principauté et l’opposition. La principauté et l’opposition cherchent à s’entendre. Et vous êtes le malheureux de tous. Prenez vos gardes. .- quand est survenu Ndirinkin. Autoritaire et accompagné de plusieurs généraux de votre armée pour tout arrêter là. Le chairman s’en est sorti sauf, bien que pas sain.- ces forces loyalistes avaient encerclé le cortège du chairman. On avait commencé à le laminer, à le torpiller de gaz lacrymogènes ; les lance-eau vidaient leur contenu sur lui à une vitesse mortelle ; des engins poids lourds fonçaient déjà sur ses premières voitures pour les réduire en cendre quand….- c’est votre rebelle de fils qui avait fait échouer le coup en stoppant avec autorité les actions menées par vos forces loyalistes. - pourquoi ? - voici ce qui s’était passé en ces temps-là : poussées par Abbadon, vos forces armées avaient provoqué un accident de route au centre de la ville. Un accident qui n’a pas vu la mort de votre ennemi. .- aidez-moi à ramener mon fils vers moi, comme Abbadon me l’avait promis. - Promesse qui sera tenue..- je saurai ce que vous m’aurez dit ; je ferai ce que vous me demanderez ; je serai ce que vous aurez voulu que je sois. .- un bon politicien est un homme au cœur d’airain. Un homme vigoureux, téméraire, implacable. Il ne recule jamais devant rien. Il fonce toujours vers l’avant, sans jamais avoir la chair de poule. Il soumet tout à son autorité. Par tous les moyens. A tout prix. (Un instant). La politique ne s’applique que sur des hommes et par des hommes. Les hommes, qu’ils aient le pouvoir ou pas, ne font que subir la politique. Parce que la politique, c’est l’affaire des dieux. Et une politique qui va réussir s’applique sur une cible bien précise et bien connue. Or la connaissance des hommes, c’est l’affaire des dieux que nous sommes. Hommes politiques de la terre, confiez-vous aux dieux, laissez-les vous révéler ce que vous devez savoir, faire ou être, et vous serez heureux. - notre volonté doit être faite. Rien que notre volonté. C’est nous qui avons la terre..- il y a beaucoup de choses que je ne comprends plus actuellement. .- Sa Majesté, tous les anges du ciel sont aujourd’hui contre vous. Et vous êtes vous-même la cause de vos malheurs. Vous hésitez trop. Vous ne savez pas donner votre cœur aux dieux. Vous êtes trop sentimentale, trop doux. Vous êtes trop lent. Quand on vous observe sur le terrain de la politique, on a la nette impression que vous manipulez des œufs, que vous ne savez pas ce que vous faites ; que vous ne savez pas ce que vous voulez ; que vous ne savez pas avec qui vous travaillez. Si vous n’êtes pas encore mûr pour la politique, rentrez à l’école. Avant tout, mettez-vous dans la tête qu’aucun chef d’état de la terre ne peut se passer de nous pour vivre, diriger, gouverner… avez-vous oublié votre serment avec nous au moment où vous preniez fonction. ? Vous avez intérêt à réviser votre comportement envers nous, sinon….- Donc vous n’avez pas confiance en nous ! (Il tente de le trancher avec son épée, mais Uriel l’en empêche)., qui a reprit ses sens.- Abbadon ne m’a pas aidé, malgré ses promesses. - mais en face de vous, il y a le chairman. C’est actuellement le plus heureux des hommes politiques de ce royaume. Mais cela n’est rien, car il est trop bête en croyant se passer de nous. Avec notre complicité, vous allez le rendre plus malheureux que vous ne l’avez jamais été. .- c’est bien vrai. .- et nous venons vous donner des conseils, vous proposer notre aide : nous savons dans quelle situation vous vous trouvez maintenant. Vous êtes déçu par votre fils, dépassé par les événements, malheureux et embarrassé. - nous sommes les messagers du roi de la terre. , lui coupant la parole.- prenez l’habitude de ne poser souvent qu’une question à la fois et attendre la réponse avant de continuer à demander.

(Un instant).

, tremblant.- oui. Qui êtes-vous ? Qui vous a envoyés ? Que me voulez-vous ? Vous voulez me tuer ? Vous voyez que je ne suis pas gardé…- vous êtes le roi, n’est-ce pas ?
Par kok37
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Lundi 25 mai 2009

 

 

ACTE 1, SCENE 2

 

Les mêmes, Tekaa.

 

 

Nnefaa.- grand-père, nous allons au meeting du Front.

Tekaa.- c’est un mauvais jour pour moi.

Ndirinkin.- j’ose croire qu’un jour ce peuple retrouvera le chemin de la liberté.

Tekaa.- mon colonel ?

Yen’e.- A vos ordres ! Majesté !

Tekaa.- rejoignez les éléments de gendarmerie stationnés au Rond Point Central. Ils vous diront ce qu’il y a à faire.

(Yen’e s’incline pour sortir…)

Ndirinkin.- vous permettez, mon Colonel ?

(Yen’e se retourne).

Ndirinkin.- vous ne pouvez plus être mon garde de corps. Nous avons trop de divergences de vues. Ce qui fait que je me sente en insécurité quand vous êtes là. Partez ! et ne revenez plus !

Tekaa, avec empressement.- attendez ! Qu’est-ce qui se passe ?

Ndirinkin.- ce n’est pas négociable, Papa ! (Un instant). Puisqu’il est là pour vous maintenant, demandez-lui de partir et de ne plus revenir !

Tekaa, déçu.- je regrette ! (Il se tourne vers le colonel). Respectez les ordres qui vous sont donnés par la hiérarchie. Allez ! (Yen’e s’incline et sort, abattu). (Un instant. Tekaa se tourne vers Ndirinkin.) Qu’a-t-il donc fait ?

Ndirinkin, sèchement.- ça ne vous regarde pas.

Tekaa, fâché.- quoi ?... selon vous je dois me réjouir de ce que mon fils reste sans garde de corps au moment le peuple devient de plus en plus frondeur ?

Ndirinkin.- le peuple n’a pas pris ses frondes pour moi, mais pour mon père et ses partenaires.

Tekaa, méprisant.- imbécile ! Idiot !... vous êtes le proposé à la succession. Et le peuple ne saurait me faire du mal tout en vous laissant sain et sauf : au fond, il s’agit d’exterminer toute la famille royale pour que la royauté cesse d’exister dans ce pays. Pour accomplir le dessein des Blancs qui est de tuer toute vie politique partout où ils passent pour imposer leur truc qu’ils appellent « démocratie ».

Ndirinkin, haussant les épaules.- tant pis ! Ce dont je suis très sûr, c’est que ce peuple ne me fera rien de mal.

(Un temps).

Tekaa.- je voudrais que nous parlions maintenant de politique criminelle.

Ndirinkin, désintéressé.- comme il vous plait !

Tekaa.- vous savez qu’il s’agit de la politique du front, n’est-ce pas ?

Ndirinkin.- non.

Tekaa.- ce n’est pas grave. (Un silence). Vous êtes assis sur le trône de la Principauté. Et la principauté mène à la royauté.

Ndirinkin.- le prince ne devient roi que quand son père a cédé. Les coups d’état sont des actes inconnus de la principauté. Dans tous les cas je n’ai jamais souhaité la mort de mon père pour prendre sa place.

Tekaa.- je ne vous ai pas demandé de vous confesser. (Il change d’attitude et devient grave). L’heure est grave dans ce pays. Et nous sommes les premiers visés. Toi et moi.

Ndirinkin, marchant sur lui.- regardez mes mains, mon Père ! (Il les lui montre). Ne sont-elles pas aussi propres, aussi blanches que celles d’un enfant qui vient de naître ? Qu’ont fait ces mains que vous mîtes au monde un jour pour recevoir aujourd’hui le caillou d’une fronde ? Ces mains ne sont-elles pas toujours aussi pures d’il y a une trentaine d’années ? Mon père, je ne comprends pas ce que vous me reprochez de ma si courte vie terrestre pour m’en vouloir aujourd’hui.

Tekaa, amicalement.- mon fils, l’homme moderne ne comprends pas le langage du ciel.

Ndirinkin.- qu’il le comprenne bien, mal ou pas, en tout cas, le Bon Dieu va me protéger des égarés.

Tekaa. Est-ce que vous allez me donner le temps de vous dire pourquoi je vous ai cherché depuis ce matin ?

Ndirinkin.- O. K. !

Tekaa.- … nous allons créer un parti politique dont vous serez en même temps président et unique fondateur. Il marchera bien, puisque vous bénéficiez d’une certaine marge d’audience auprès des populations du territoire national. Quant à savoir à quoi il pourra servir… eh bien ! Ce sera un parti politique stratégique qui devra, d’une façon ou d’une autre, sauver la royauté et garantir notre survie à la tête de ce royaume.

Ndirinkin.- je me disais que vous luttiez pour la cause de ce peuple dont vous dites souvent œuvrer pour le bien-être. Voilà qu’enfin je vous découvre comme un bon pouvoiriste ! Vous luttez uniquement pour votre pouvoir ! Rien que votre pouvoir ! Vous prétendez donner le bonheur à un peuple en l’empêchant de réaliser son désir le plus cher et le plus inaliénable ! Voyez ! Tout ce que le peuple demande, c’est choisir lui-même, en toute liberté, ceux qui vont désormais le gouverner. Et cela lui revient d’ailleurs de droit. Le peuple ne vous demande pas de déplacer une montagne, encore moins dessécher un océan ! Juste votre petite signature au bas d’une feuille qui lui remet officiellement le pouvoir et le calme revient.

Tekaa.- mon fils ! Interroge ton cœur ! Scrute ton cœur ! Écoute ton cœur ! Et contemple ton père ! Celui qui t’a mis au monde ! Celui dont tu es le fils unique ! Si ton cœur te dit qu’il n’a aucun amour pour moi, dis-le moi tout de suite ! Et j’irai me plaindre là où je peux ! Peut-être devant le Bon Dieu pour ne m’avoir rien donné de bon sur la terre.

Ndirinkin.- pour aller loin, essayons de ne plus mélanger sentiments et politique. … mon cœur que je connais bien me dit de donner un conseil à mon cher père. Voici ce conseil : le chevalier Noir agite fermement sa balance dans ses deux mains : pour être heureux, aime le bien, pense le bien, sois juste, fais toujours le bien, donne à qui de droit, ne détruit jamais rien, mais construis toujours, même là où personne ne s’y attend, au nom de l’humanité et de l’Eternel, créateur de toute chose…

Tekaa.- merci, Monsieur le prophète de mon apocalypse ! Mais écoutez : cette nation, je l’ai façonnée avec mes propres mains. J’ai dû travailler dur, me privant tout ce temps de sommeil et de nourriture pour qu’elle devienne quelque chose dans ce monde. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour qu’après moi le trône passe à ma progéniture. Vous êtes mon unique enfant. Et tout ce que j’ai donné pour vous éduquer jusqu’à ce jour, je l’ai eu grâce à ce pouvoir. Vous avez vécu jusqu’aujourd’hui pour ce pouvoir. Votre seule école depuis que vous êtes nés a été pour ce pouvoir. Ce pouvoir uniquement ! Vous ne savez plus rien d’autre. Et vous êtes entrain de bouder ce pouvoir. Vous boudez votre propre vie. Ndirinkin, tu es en train de te suicider !

Ndirinkin.- je vous entends fort bien. Mais le temps où le pouvoir passait des mains du père à celles du fils est dépassé. Parce que c’est un système égoïste, figé, dénoncé et rebuté. Le monde entier vibre sur l’onde de la démocratie. Au nom de la sainte volonté des Nations Unies. Mon père, si vous tenez à votre dignité, si vous tenez à votre honneur, si vous ne voulez pas détruire votre si belle œuvre pour cette nation, décidez avant que les gens ne décident à votre place et peut-être à vos dépens. Optez pour la démocratie ! N’est-ce pas vous qui me parliez, il y a quelques mois, de ce que je dois instituer le grand prix annuel de la bonne gouvernance pour susciter l’émulation et le travail au sein des instances dirigeantes de ce pays ?

Tekaa, tremblant de colère.- Où est donc le problème à ce niveau ? (Un instant).  Est-ce que vous pouvez me dire combien j’ai dépensé pour faire de vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

Ndirinkin.- fi ! Je n’étais qu’un enfant. Et je ne vous avais jamais demandé de dépenser votre argent ou vos énergies pour moi. Vous ne faisiez d’ailleurs que votre travail : le père a le devoir de tout donner, y compris sa propre vie pour faire réussir son enfant. Il n’a pas le droit d’en attendre un quelconque bénéfice. L’enfant sera toujours ce qu’il sera, même malgré son père. Mettez-vous bien ça dans la tête !

Tekaa.- oui ! Et qu’il en soit ainsi selon la sainte volonté de l’indépendantiste Ndirinkin II ! Mais je voudrais que vous sachiez une chose : le pouvoir dans ce pays n’est pas pour être jeté à de quelconque chien affamé. Il restera là où il est, à n’importe quel prix. L’ordre règnera sur toute l’étendue du territoire national, par tous les moyens ! Mettez-vous bien ça dans la tête !

Ndirinkin, haussant les épaules.- vous êtes capable de tout, je le sais très bien. Mais sachez que le pouvoir revient de droit au peuple qui l’exerce par l’intermédiaire d’un élu au suffrage universel direct et secret.

Tekaa.- merci pour la leçon de démocratie. Mais l’instauration de la démocratie dans ce pays ne sera jamais justifiée. D’ailleurs, mon peuple n’est pas encore mûr pour ce machin des Blancs.

Ndirinkin.- ce peuple a grandi dans la peur et la terreur distillées et distribuées par une dictature vachement cruelle, sadique et inhumaine. Vous donniez la mort à tout venant. Vous avez appris à ces hommes et femmes à ne jamais rien voir, ne jamais rien dire, ne jamais rien refuser : tout accepter et tout endurer de votre régime. Vous avez passé votre règne à tuer ce qu’il y a d’humain en eux, agressant et brisant toute intelligence naissante. Aujourd’hui, les yeux des gens s’ouvrent. Une lumière est apparue dans leurs cervelles. Et vous n’y pouvez rien. Ils en ont marre de vos conneries. Et ils veulent en finir. Que ce peuple vous repousse de toutes ses forces !

(Survient une bande de manifestants armés de couteaux, de machettes et d’épées. Ils sont agaçants et violents. Ils narguent les personnages au passage. Au moment où ils quittent la scène, surviennent quatre démons cornus. En colère, ils brandissent et agitent leurs épées. Ils entourent Tekaa et l’un d’eux pointe son épée sur son nez comme pour le crever. Ndirinkin s’en va discrètement, tenant la main de sa fille. Mena les suit sur la pointe des pieds.)

Par kok37
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Samedi 23 mai 2009

ACTE 1, SCENE 1

 

Mena, Ndirinkin, Nnefaa, Yen’e.

 

Grande route. Paysage vert. Les personnages observent des manifestants qui passent en chantant. Explosions. Coups de sifflets. Klaxons de voitures. Survient une forte explosion qui fait sursauter plusieurs personnes. Calme plat.

 

Mena, elle se rapproche de Ndirinkin.- Alors… C’est ça la démocratie !

Ndirinkin, distrait.- c’est ça la démocratie.

Mena, elle se tourne vers les manifestants.- ce vacarme, ce bordel, ce vandalisme, ces agressions, ces explosions qui me font si mal au cœur et … (elle se tourne vers Ndirinkin). Et puis quoi encore ?

Ndirinkin.- et puis l’espoir. L’espoir qui nous anime. (Un silence). Et ces villes qui meurent. Mais il faut que ce peuple évolue sur une voie qui lui convienne. Cette voie est celle qu’il aura choisie en toute liberté, en toute conscience, en toute transparence.

Mena.- a quoi sert-il d’être libre si c’est pour faire tant de bruits et de mal pour mettre les autres mal à l’aise ?

Ndirinkin.- je ne sais pas. Mais le peuple ne réclame qu’un peu de justice et de bien-être : c’est son droit.

Nnefaa.- tout homme a le droit de revendiquer son droit. Aujourd’hui, nous avons le moyen le plus sûr pour ce faire : c’est la contestation ; c’est le refus de travailler …si nous ne jouissons pas de nos pleins droits. Nous avons la volonté de nous donner tous nos droits, même si c’est   en mettant le désordre là où les choses vont mal. Le but poursuivi, c’est anéantir toutes les forces conservatrices.

Yen’e.- ça alors ! (Un silence). En démocratie, le peuple est entre les mains d’une minorité qu’il a librement choisie pour le conduire à travers ronces et épines de ce monde où nous devenons chaque jour étrangers vers son bonheur véritable. A travers ronces de sa destinée et épines de son destin. Vers son bonheur véritable. Ce peuple avait choisi ses dirigeants dès la fondation de ce royaume. Ceux-ci ont toujours fait ce qu’un peuple peut attendre de ses dirigeants depuis qu’ils sont aux affaires…

Ndirinkin.- Boue ! Les dirigeants d’aujourd’hui, dans notre royaume, sont les plus forts d’une époque très reculée. Et le peuple est dehors pour que ses dirigeants ne soient plus ceux qui l’ont vaincu par la force des armes, mais par le bon travail, le savoir-être, le savoir-faire, la clairvoyance, la sagesse, l’humanité…

(Éclats et coups de tonnerre. Un instant. Il règne un calme plat. Le brouhaha des manifestants reprend.)

Nnefaa.- las ! Comme si c’était le commencement de la fin du monde !

Ndirinkin.- c’est le commencement de la fin d’un règne. Et il est le bienvenu.

Yen’e.- mon prince ?

Ndirinkin.- je vous écoute.

Yen’e.- pensez-vous que la solution à nos maux se trouve dans le changement d’hommes ou de régime politique comme le front le réclame avec véhémence ?

Ndirinkin, sèchement.- la solution à un problème se trouve partout où on peut la trouver.

Yen’e.- Mais pour le moment, la solution à notre problème, c’est vous ! Vous êtes le fils unique du Roi, le seul en vue pour prendre la relève. Le pays a besoin de vous. Vous avez le devoir de répondre à l’appel de votre destin. Et Sa Majesté le Roi m’a chargé de vous dire qu’il a urgemment besoin de vous.

Ndirinkin.- mon père n’a donc besoin de moi que quand il a des problèmes de gouvernance ! Pour accomplir de basses besognes ! Pas vrai ?

Yen’e, comme à son oreille.- c’est pour prendre le pouvoir dans vos deux mains. Fermement. Vous êtes nés pour ça !

Ndirinkin.- je veux faire le bien toute ma vie durant.

Yen’e.- mon seigneur croit-il donc que le Roi m’a envoyé ici pour mettre une vipère dans sa poche ?

Ndirinkin.- c’est plus qu’une vipère : c’est tous les démons de l’enfer.

Yen’e.- …eh bien ! … le père veut toujours le bonheur de son fils. Et tout ce qu’il lui donne, tout ce qu’il voudrait lui donner, tout ce qu’il lui fait, tout ce qu’il voudrait lui faire, tout cela le mène tout droit à ce but : le rendre heureux.

Ndirinkin.- apocalypse ! Chacun vit toujours pour soi, malgré tout. (Un silence). De quel bonheur voulez-vous que je jouisse si le peuple que j’incarne est malheureux ? (Un silence). Mon père veut me donner ce pouvoir qu’il n’a plus pour sauver sa tête et me faire perdre la mienne. Il s’imagine que, par amour, je ne dénoncerai pas ses crimes ni ses malversations de tous genres si je parviens aux affaires. Je dis parvenir. Et c’est peine perdue !

Nnefaa.- le temps où il fallait se soumettre à de pareilles conceptions du pouvoir est révolu.

Mena.- vilaine ! Le pouvoir est bon pour mon mari.

Ndirinkin.- madame ! Madame ! Je voudrais bien avoir ce pouvoir. Mais avec droiture, mérite et justice. Aujourd’hui dans ce pays, le pouvoir n’est plus le gâteau privé d’une certaine famille. Il se trouve dans la rue, entre les mains du peuple. Et le peuple donne son pouvoir à qui il veut, sans avoir des comptes à rendre. M’entendez-vous ? Ce que mon père veut me donner est une coque vide.

Mena.- hum… une coque vide§ c’est-à-dire une coque à remplir. Et, la remplissant, lui donner le contenu qu’on désire.

Nnefaa.- maman ?

Un silence.

Ndirinkin.- j’aime les gens qui cherchent à mener les hommes vers la positivité ; j’ai horreur de ceux qui tirent le peuple vers la barbarie des manifestations : toute manifestation est destructrice de quelque chose. La bonne gouvernance est celle qui modèle les comportements animaux de l’actuelle civilisation soi-disant humaine pour concentrer l’homme sur le travail et le bien. Assurer la continuité du règne de mon père, c’est tirer ce peuple vers l’arrière, c’est le faire rétrograder : c’est le tuer. Pourtant ce peuple a soif de progrès. Dois-je le précipiter dans le pire ? (Un silence). Je mettrai le désordre partout : il n’y a que le désordre pour faire avancer les choses. (Un silence). Je prendrai le bout du fil ; et je voudrais bien mourir s’il faut le perdre. (Se tournant vers Yen’e) N’est-ce pas ce que vous voulez ?

Yen’e, déçu.- je me demande à quelle sauce sera mangé ce peuple ?

Ndirinkin.- le peuple ne veut plus de la sauce dans laquelle il est mangé actuellement, ce qui est sûr. Joignons nos bras à nos maux dans le sens de nos seuls intérêts : voilà qui devrait plaire à tous dans le monde moderne.

Mena.- où est donc l’universalité de l’homme ?

Ndirinkin.- dans les mots. Et dans la tête de ceux qui l’ont inventée.

Mena.- vous endoctrinez le peuple avec les opinions du Front ou avec la démocratie ?

Ndirinkin.- « ventre affamé n’a point d’oreilles ». Et ce peuple a faim. (A Mena). Si vous avez besoin d’endoctrinement, entrez dans une église, et vous serez bien servie. Pour moi, c’est le moment de rejoindre ce peuple dans la rue et lui montrer tout ce qu’il vaut dans une démocratie. En démocratie, le peuple est irremplaçable et premier.

Mena, avec insistance.- où est alors la grande famille humaine s’il faut se borner à assurer le bien-être d’un groupuscule ?

Ndirinkin.- la grande famille humaine restera à jamais dans la tête de ceux qui l’ont inventée. Les cartes avaient été faussées dès la base : en refusant l’humanité à certains tout en en accordant un peu aux autres, on s’est posé comme homme, et le jeu est vite joué : pour universaliser l’homme, il faut l’exporter et l’implanter partout où il peut prospérer, d’où les impérialismes, la colonisation. Et comme l’homme doit être maître partout où il se trouve, viennent la traite négrière, le commerce des esclaves, les guerres des conquêtes et de domination, la course aux armements. A la fin, on n’a exporté que le mal ; et l’animal de la forêt, aujourd’hui, n’a rien à envier à l’homme. On a oublie en sortant de chez soi, ce qu’il fallait pour relever les mœurs des autres dont on disait indignes de l’humanité ; on a ainsi détruit des trésors de l’humanité. Vous m’entendez, Madame ? La grande famille humaine a été pour nous l’apprentissage de la haine inconditionnelle de nous-même. Elle nous a poussé au suicide. Elle nous a appris que seul le mal existe, et que rien au monde n’est pour notre bien, même ce bon dieu dont on dit super bon, superpuissant, super voyant …

Nnefaa.- la technologie ne sera jamais exportée, de peur qu’elle ne nous fasse du bien.

Ndirinkin.- c’est vrai. (Un silence). Si universaliser l’homme revient à occidentaliser encore plus le monde, nous avons intérêts à repousser cette bêtise de toutes nos forces. Ça, c’est notre devoir. Et c’est surtout une question de vie ou de mort.

(Fracas indescriptible. Sons de tambours et de xylophones. Cris. Coups de sifflets. Klaxons de voitures. Explosions. Applaudissements. Un temps. Yen’e devient inquiet ; il s’agite un peu ; il est nerveux. Il se tourne vers le prince.)

Yen’e.- mon Seigneur ?

Ndirinkin, à mi-voix.- je vous écoute.

Yen’e.- comment refusez-vous de comprendre que si nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui, c’est à cause de ceux avec qui nous coopérons ? Ce n’est pas à cause du roi que nous souffrons : la puissance de nos pays amis est fascinante, charmante, assimilatrice et très supérieure à la nôtre. Tu t’y rapproches, elle t’avale ; tu t’en éloignes, elle vient te trouver là où tu es et te lampe. (Il bégaie un peu.) Vous ne voyez pas ?

Ndirinkin, fâché.- j’attends toujours la conclusion.

Yen’e.- la coopération Nord-Sud telle qu’elle se fait actuellement est un suicide pour l’Afrique. C’est elle qui est responsable de ce qui nous arrive aujourd’hui.

Ndirinkin.- vous m’agacez.

Yen’e.- pour dire ?

Ndirinkin.- ça va pour aujourd’hui : on va se dire au revoir.

Yen’e.- du jamais vu !

Ndirinkin.- quoi ?

Yen’e.- un prince qui se déplace sans garde de corps !

Ndirinkin.- on verra bien.

(Survient Tekaa, masqué. Il montre sa face et remet le masque aussitôt.)

 

 

Par kok37
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Samedi 23 mai 2009

 

LA DEMOCRATIE AVANCEE est une œuvre complète que j’ai écrite entre 1992 et 1994. Elle se réfère au climat social qui balayait toute l’Afrique pendant cette période, vent de démocratie ou de démocratisation comme cela se disait à l’époque. Mais ce n’est pas une pâle peinture de la société, comme vous pourrez le constater.

C’est une pièce de théâtre à la recherche d’un éditeur ou d’un « metteur en scène ».

 

 

LES PERSONNAGES

 

TEKAA, le roi, masqué.

NDIRINKIN II, le prince, masqué.

MENA, épouse du prince, masquée.

NNEFAA, princesse, masquée.

YEN’E, colonel, garde de corps du prince.

YOSHUA, ministre, griot de la cour.

YESSIEP, ministre, progressiste.

ERICK T, jeune révolutionnaire.

LE CHAIRMAN, chef  de la rébellion.

ABIGOR, prétendu ange.

AKLEXH, prétendu ange.

URIEL, prétendu ange serviteur des hommes solitaires.

AGALIAREPT, prétendu ange.

LA VOIX.

LES MANIFESTANTS.

LES GENDARMES

L’HOMME

LE BARMAN

LES MINISTRES

LES GENERAUX

LES TROIS HOMMES.

 

Par kok37 - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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