ACTE 1, SCENE 4
NDIRINKIN, TEKAA, NNEFA’A, MENA.
Ndirinkin.
- sa Majesté ?
Tekaa.-
j’espère que vous allez m’annoncer une bonne nouvelle.
Ndirinkin.
- j’ai pris acte de votre complot contre le chairman.
Tekaa.-
vous êtes avocat ? Huissier de justice ?
Ndirinkin
.- rien de tout cela. Mais…
Tekaa
, lui coupant la parole.- qui vous a établi juge de mes actes, Monsieur ?
Ndirinkin.
- personne. Non. Peut-être ma conscience de fils du roi…
Tekaa
.- et alors ? Qu’est-ce que j’ai à foutre avec votre conscience ?
Ndirinkin.
- vous me surprenez ! Et je vais vous dire une chose : c’est mieux pour nous de laisser cet homme vivre sa vie. Laissons- le passer son temps…
Tekaa
, lui coupant la parole.- ce ne sera pas dans ce royaume !
Ndirinkin
.- il ne peut rien contre nous, puisque nous avons le soutien de l’Hexagone.
Tekaa
.- l’Hexagone a trop de problèmes face à la percée fracassante du Pentagone dans cette partie jadis délaissée du monde ;et la crise financière mondiale devient très préoccupante pour qu’on s’occupe encore de l’Afrique politique : ce qui est bon en Afrique maintenant pour l’Occident, ce sont des biens en nature susceptibles de relever l’économie des pays du Nord. Quant à l’Allemagne, elle n’a pas fini de penser ses plaies de la deuxième grande guerre et veut sortir de ses frontières, mais son regard se dirige plutôt vers le Pré carré. Je vous le dis, en vérité, tout cela m’empêche de bien dormir.
Ndirinki
n.- hé là… Ne dites pas n’importe quoi ! Le Précarré est la chasse-gardée de la France ; et elle fera tout pour maintenir un fidèle comme vous au pouvoir dans son pays. D’ailleurs la France est contre la politique du chairman dont l’arrivée au pouvoir sonnerait le glas de sa mainmise sur ce Précarré. Quant à l’Allemagne, elle n’a pas encore mis au monde un nouvel Hitler pour récupérer ses anciennes colonies. Mettez-vous bien ça dans la tête !
Tekaa
.- les colonies font partie du triste fardeau dit « de l’homme blanc ». Il vaut mieux ne pas en parler dans un monde qui se veut civilisé et uni. Je souhaite que la France soit toujours triomphante, même si ce peuple est contre sa politique et sa présence ici.
Ndirinkin
.- vous êtes plus français que les Français ! Mais vous n’arrêtez pas d’être pessimiste quant à votre sort. Il est vrai que le peuple rejette votre politique pour embrasser sans réserve celle du chairman. Mais à quoi cela vous sert-il ? Vous n’êtes pas un démocrate ! Que vient faire le peuple dans vos vues politiques ?
Tekaa.
- je suis un peu troublé.
Ndirinkin
.- est-ce que vous pensez qu’il existe un puissant Etat de monde capable d’aider le chairman à arracher le pouvoir de vos mains ?
Tekaa.
- tous les Etats du Nord. Mais ce serait une ingérence dans les affaires d’un Etat souverain.
Ndirinkin
.- la France le fait depuis belle lurette pour vous maintenir au pouvoir. Dites…
Tekaa
, lui coupant la parole.- mettons un terme à cette causerie.
Nnefaa
.- en concluant que le pouvoir dans ce pays sera désormais entre les mains de celui que le peuple aura choisi ?
Mena
.- vilaine !
Nnefaa.
Qu’est-ce que j’ai dit de mal ?
Tekaa
.- tu aurais pu remplacer ton père à mes côtés si la nature avait décidé que tu fus un homme. Hélas ! Tu es une fille. Et tu es inutile pour moi !
Ndirinkin
, énervé.- si vous vous êtes engagés à m’empêcher d’évoluer, sachez que je ne laisserai en aucune façon quiconque faire la même chose sur ma fille. Vous m’entendez ? Madame ? Elle est tout pour moi. Elle est tout ce qui me restera après tout.
Mena
.- notre fille est ma déception. Elle sera notre honte. Elle est tout ce qui me manque.
Ndirinkin
, détournant son regard.- Il ne vous reste qu’à aller vous plaindre chez le Bon Dieu.
Mena
.- eh bien, mon cher monsieur, si notre fille est tout pour vous, envoyez-la en Europe ! Elle pourra y trouver de quoi s’embrouiller tout le reste de sa vie sur terre.
(Nnefaa court vers son père et se jette dans ses bras.)
Nnefaa.
- Papa, nous sommes seuls au monde. Je t’aime !
Tekaa.
- vous vous fichez de la parole, de la pensée de votre femme en tout point de votre vie conjugale pour, après, aller chanter la démocratie à tout casser, n’est-ce pas ?
Ndirinkin
. - voilà tout votre problème : la démocratie. (Comme à lui seul.) Si les Nations Unies pouvaient apporter la paix, la prospérité quelque part sur cette terre, n’est-ce pas que nous serions contents, heureux, entrain de chanter et danser sur le cadavre de mon criminel de père ? Hélas ! (Il hausse le ton). Je vous le jure, par ma défunte mère, que ce pays passera de la dictature à la démocratie ou il restera ingouvernable à vie !
Tekaa
, moqueur.- tu n’es qu’un enfant, Ndirinkin. Et tu ne sais pas sur quelle corde tu danses ! (Le toisant). Je gouverne ce pays ! Oui ! Je le gouverne. Et je vais le gouverner ! Même par tous les moyens ! Quel que soit le désordre que vous allez apporter, l’ordre règnera sur toute l’étendue de ce territoire par tous les moyens : soyez-en sûr ! Et je vous garantis, moi votre père, autorité la plus haute de ce pays, qu’avec l’aide de l’Hexagone, nous allons combattre avec succès cette épidémie de démocratie dans le Précarré ! Nous la combattrons avec force ! Par tous les moyens.
Ndirinkin.
- heureux ceux qui sont arrivés au pouvoir en Afrique : ils ne le quitteront jamais, et ils seront toujours protégés par la France.
Tekaa.
- vous avez au moins le TPI pour vous défendre ! non ?
Un long silence. Le noir se fait sur la scène.





