LES SEPT ESCALES
Des oiseaux chantent platement le réveil
Et sous cette pluie déchirant le firmament
Tu marches tout seul mains sur la tête
Es-tu fatigué ou dépassé désoeuvré
Te voici à Bamenda
Tu penses aux morts du 26 mai
Ce sont les dieux qui t’ont montré comment chercher ce que tu désires
Tu veux aller leur offrir un holocauste
Il ne faut jamais qu’ils se fâchent contre toi
Toi qui est au front c’est la thèse de nos Pères
Et tu recules tu recules tu recules
Te voici maintenant à Mbouda
Hier cette ville chantait hosanna le sauveur vient
Ce matin elle est crispée comme une femme qui ne veut pas
Et toi tu es en travail tu veux accoucher de tes abcès
Je veux la Blanche Colombe 801 sur ta tête
Le redoutable dragon brûlant rôde autour de toi
Son épée est tout feu tu ne peux pas le regarder
Tu appelles le Christ l’homme de la Renaissance
Et dans ton renouveau tu recules tu recules tu recules
Te voici à Bafoussam
Ses lampions brûlent comme les feux de l’enfer
Voici le lion-fauve tout vivant dans un cercueil
Des étudiants en noir le tiennent
Ils marchent chacun mains sur la tête
Si on organise un concours de marche à pieds ils serons les premiers
C’est eux qui détiennent le record mondial de la marche à pieds
Ils accompagnent ton renouveau à sa dernière demeure
A chaque pas ils doivent esquiver des balles et tu as peur de crier au scandale
Va dans la franche sincère et vrai église prier Dieu
Le prier pour celle que j’aime même comme elle m’a déreçu
Le prier pour toi pour eux pour tes amours
Prier pour tout ce monde qui recule recule recule
Te voici à Bafang
On dit que c’est le parc national des fous
Et le sol de Bafang est absolument ingrat
Si tu reste ici tu mourras de faim
Tu es à présent à Nkongsamba
Dans la caféière des Allemands
Les Allemands sont partis cette ville est restée
Et elle reste
Posée là sans changement
Te voici à Mbanga
Tu as défilé parmi les bananiers des Blancs
Ils ne t’ont jamais rendu heureux
Tu es à Douala
L’autre pôle de l’Axe
Du pont tu contemples le messie marchant sur les eaux
Seules les anguilles et les orphies l’escortent
En vérité la christité qu’il vante est une jésuité de très bas niveau
Voilà tout pour la singéité
Et pour l’humanité je suis en deuil l’humanité est morte
Tu veux mettre ton habit du Front pour aller au meeting
Tu longes le Boulevard de la Liberté
Et tu n’as jamais été libre
Il y a à gauche l’arbre de Noël à droite l’arbre de paix
Tu marches tout seul parmi les beaux cyprès
Tes camarades qui étaient à Douala sont tous partis
Ils ont quitté cette cité de petits jésus de petits judas
Et elle recules elle recules elle recules
Elle te mène dans la forêt équatoriale mère de ton renouveau
Si la nuit te trouve ici tu es un gars fini
En haut il y a le vide en bas il y a l’enfer
Porte d’entrée au palais de la sale capitale
La ville qui a trahi et bradé ta patrie
La ville qui a méconnu et méprisé tes hommes chéris
La ville qui a sept collines sept redoutables collines